Lumières sur : le Steampunk (2012)

Vaste programme que le steampunk, dans lequel j’ai plongé sans hésiter ni même en estimer la profondeur, évidemment. Du coup, il va falloir faire par étape, histoire de ne pas se noyer. Mais pour faire court… Tout part d’un genre littéraire (ou sous-genre de la bien connue SF) et finit par s’étendre à différents domaines et évoluer à travers le temps. Mais ce n’est qu’un premier pas, chers amis…

Retour aux sources

Couverture du numéro 76 de "Locus" (fév.2016)
Numéro 76 (fév.2016). © locusmag.com

Nous sommes en avril 1987. L’écrivain K.W. Jeter écrit une lettre à un magazine de science-fiction (Locus), répondant par-là même à une critique publiée plus tôt par Faren Miller. L’échange tourne autour de la dernière œuvre de Jeter, Machines infernales (Infernal Devices) parue la même année.

C’est dans ce courrier qu’apparaît pour la première fois le terme « steampunk », allusion évidente à un certain « cyberpunk », terme grâce auquel il définit le domaine littéraire dans lequel officie le trio d’écrivains qu’il forme avec Powers et Blaylock. Il est ainsi question dans les lignes de Jeter d’une ère victorienne et d’une technologie qui lui serait typique. Je retiendrai l’idée de « Victorian fantasies » de Jeter, qui me semble révélatrice.

Néanmoins il est encore impossible à ce stade d’attribuer avec certitude la paternité du genre à ce trio, somme toute original. L’ombre du proto-steampunk guette…

Le grand-père proto-steampunk

Le proto-steampunk, c’est le steampunk qui s’ignore. Le grand-père, l’ancêtre. Le terme désigne des œuvres créées avant 1979, donc avant celles du trio Jeters, Powers et Blaylock et avant même que le genre prenne ses lettres de noblesse. Ainsi on peut attribuer au trio un parrainage certain. Néanmoins la paternité pure du genre pourrait revenir à des auteurs beaucoup plus anciens. Quelques noms s’imposent, amenant avec eux quelques incertitudes. Jules Verne, Wells, Albert Rodida ou encore le Capitaine Danrit (Emile Driant). Mais en sont-ils vraiment les pères ?

En 1927 aux États-Unis, un magazine répondant au nom d’Amazing Stories évoque Jules Verne comme étant un Shakespeare de la science-fiction. Si le public francophone accueille cette idée avec grand plaisir, on peut tout de même se demander si l’association se justifie. Il est clair que Jules Verne est un des pères de la science-fiction et du steampunk, par conséquent.

Portrait de Jules Verne par Félix Nadar.
Portrait de Jules Verne par Félix Nadar. © D.R.

Néanmoins, l’outil technique apparaît chez plus Jules Verne comme un moyen d’expression des personnages que comme un élément à part entière. Le Nautilus et l’aéronef de Robur mis à part, les descriptions de machines sont relativement minces. Qui plus est, la société peinte en arrière-plan est contemporaine de Jules Verne. Et pourtant, son œuvre est bien digne de son titre.

On retrouve dans sa bibliographie des titres de pure science-fiction, bien que souvent méconnus. Citons La Fantaisie du Docteur Ox (1872), Hector Servadac (1874) ou encore La Journée d’un journaliste américain en 2889 (1891). Cette courte liste n’est bien entendu pas exhaustive. La bibliographie SF de référence semble préférer les histoires de Robur, du Capitaine Némo ou les tribulations lunaires qui conviennent tout autant.

Ainsi, Verne est culturellement l’un des pères de la science-fiction et, par conséquent, du steampunk en France et en Europe. Les raisons invoquées ne sont toutefois peut-être pas toujours les meilleures, tout n’étant qu’une question de point de vue.

Une autre figure de la science-fiction se trouve outre-atlantique cette fois. En effet, H.G. Wells (1866-1896) est à l’Angleterre et aux États-Unis ce que Jules Verne est à la France. C’est d’ailleurs la science-fiction qui lui a offert une si grande notoriété, tant qu’il en est devenu une véritable dynamique. On lui doit notamment The Time Machine (La Machine à explorer le temps) (1895) ou The War of the Worlds (La Guerre des Mondes) (1898).

Selon Wells, le scientifique, bien que vaguement escroc, est soutenu par la société dans ses croyances quant à l’importance et la nécessité du progrès scientifique. Socialiste convaincu, il écrit aussi des œuvres politiques, historiques et à visées sociales. Ainsi, il se soucie de la cause féminine et évoque dans ses œuvres les enjeux sociaux de son époque . 1900 sera d’ailleurs un tournant dans sa carrière.

Portrait d'Albert Robida en 1894.
Albert Rodida (1894). © D.R.

Troisième personnalité et non des moindres, Albert Rodida, reconnu comme l’un des ancêtres directs du steampunk. Né en 1848 en France, il est un important illustrateur pour la presse mais aussi dans le domaine historique. Dessinateur, lithographe, caricaturiste, journaliste et romancier, Rodida pose les pieds en littérature avec une trilogie d’anticipation comprenant Le XXè siècle (1883), La Guerre au XXè siècle (1883 et 1887) et Le XXè siècle : la vie électrique (1890).

Dans ses œuvres, machines et inventions font partie intégrante de la vie courante des personnages. En dépit de l’importance toujours notable de la vapeur, il fait figurer de façon répétée une technologie basée sur l’énergie électrique. De fait, lui offrir une place dans le clan proto-steampunk ne semble pas être un parjure.

Replaçons-nous dans le contexte : la machinerie progresse, de nouvelles inventions voient le jour. Le champ des possibles s’élargit, ce qui fait fonctionner l’imagination des auteurs de l’époque.

Le clan proto-steampunk pourrait tenir en ses rangs un dernier membre : le Capitaine Danrit, autrement connu sous le nom d’Emile Driant (1855-1916). Militaire de carrière, auteur d’anticipations militaires et de récits uchroniques, il choisit la littérature comme un moyen d’exprimer ses vues quant à la politique et au domaine militaire.

La machine de guerre a donc une place particulière dans son œuvre. Quoique sec dans le style, il y a anticipation chez Driant car il présente une façon de faire usage d’armes qui lui sont contemporaines dans le cadre d’une hypothétique guerre mondiale. La France menacée est un thème relativement récurrent dans les écrits de Driant.

Portrait d'Emile Driant.
Emile Driant. © D.R.

Ces auteurs illustres, tenant pour certains des pères de la science-fiction, sont donc tous des ancêtres et des inspirateurs du genre steampunk. Par conséquent, ils peuvent revendiquer la paternité du genre au moins autant que le trio Jeters-Powers-Blaylock.

Dans un ordre plus récent la littérature proto-steampunk comprend notamment Le Voyage de Simon Morley (1970) écrit par Finney, la trilogie de Morcock autour d’Oswald Bastable (1971-1981) ou encore La Machine à explorer l’espace (1976) de Priest. Le Démon des Glaces (1974) de Tardi pourrait quant à lui revendiquer le titre de BD proto-steampunk.

Les télévisions américaines seront envahies par le proto-steampunk dans les années 1960, entre 1965 et 1969, par la série Les Mystères de l’Ouest (Wild Wild West) qui mélange western, espionnage et inventions pointues dans les États-Unis de 1870.

Une philosophie steampunk ?

Ce fût une grande surprise que de découvrir l’existence d’une philosophie vaporiste. Jamais je ne l’aurais soupçonné, et pourtant. A base d’optimisme victorien quant au futur, elle allie idéal créatif et confiance en soi. Je n’ai malheureusement eu que peu d’échos en ce qui la concerne. Mais je cherche, ne vous en faites pas. Quelques critiques ont pu reprocher à cette philosophie sa focalisation sur les meilleurs aspects d’un passé révolu et sa négligence quant aux éléments les plus gênants (esclavage, maladie…). Ceci étant, ce n’est qu’un point de vue et je ne prends pas parti.

Entracte musical

Certaines sources prétendent que ce n’est pas un genre musical à part entière. Que nenni ! Il semble quand même que la musique tend à s’imposer à coup de réinvention et de postulats plus ou moins originaux. En dépit des variations possibles et imaginables, un groupe steampunk a ses propres caractéristiques. Des couleurs foncées et une esthétique à cheval entre le gothique, le victorien et l’exotique habillent bien souvent chanteurs et musiciens véhiculant des messages plus ou moins uchroniques à coups de bruits mécaniques. Théâtralité, enjouement et spontanéité sont les trois commandements des concerts.

On pourrait trouver trois « familles » de musiciens. La première se compose des adeptes de la littérature et du mode de vie steampunk, voulant créer une musique qui serait propre à leur culture. Dans la famille steampunk, je demande aussi les musiciens antérieurs à l’explosion du genre, qui en étaient sans le savoir, et qui ont fini par s’y raccrocher (je pense par exemple à Abney Park). Enfin, il y a le clan qui n’est pas considéré comme steampunk mais qui en emprunte des éléments (les Decemberists y sont parfois rattachés en raison de leur postulat fantaisiste affirmant qu’ils « voyagent uniquement dans les ballons dirigeables de chez Dr Herring ») .

« Steampunk is an adventure from a time that never was, but one we wished have been. » Captain Robert, leader d’Abney Park.

Evelyn Kriete crée avec Joshua Pfeiffer (Vernian Process) le premier label steampunkGilded Age Records. Selon Evelyn Kriete cette musique transpose les thèmes et les caractéristiques du genre littéraire et explore les chemins que l’on n’a pas encore emprunté. Hors du temps et ancienne par certains aspects, elle admet tout de même les caractéristiques positives de la nouvelle technologie. Elle ajoute que c’est une musique qui aurait plu dans les salons de danse des années 1890, s’ils avaient pu échanger et associer différents types de musiques venant de différents horizons, comme il est possible de le faire aujourd’hui grâce notamment à Internet.

Mieux que des mots, juste après se trouve une playlist qui rassemble les artistes que j’ai trouvés, que l’on m’a conseillés, qui m’ont enchantés. Ouvrez bien vos oreilles très chers. Je n’ai pas inclus Dr. Steel pour la simple raison qu’il est dit à la fois diesel et steampunk. Qui plus est je n’ai encore aucune source qui fasse pencher la balance.

Quand s’incarne le steampunk

Pour le plaisir des yeux je vais maintenant m’attarder sur la mode steampunk. J’aborderai la littérature de nouveau un peu plus tard. Si on remonte le temps convenablement, la naissance de la mode steampunk est à célébrer dans les années 90, à New-York plus particulièrement. Il faut remercier un petit groupe d’artistes dont et même spécifiquement Kit Stolen. Il est à ce moment étudiant dans le design, les costumes et plus largement la mode à New-York.

Fervent pratiquant du DIY, il fait ses tenues par lui-même en affichant un goût certain pour l’esthétique victorienne qu’il associe à différents accessoires. On lui doit d’ailleurs une coiffure devenue typique voire mythique. Selon la même Evelyn Kriete citée plus haut, il est le premier à identifier son style au steampunk. Il est aussi le premier identifiable en tant que tel.

L’équation steampunk associe le DIY punk à une certaine élégance, ce qui le rend si particulier. Comme en tout mouvement qui se respecte, il y a différentes tendances et différents points de vue. Ainsi certains sont plus portés sur la dimension punk quand d’autres explorent plus volontairement l’élégance victorienne. Deux tendances ont été soulignées par Libby Bulloff, cofondatrice du Steampunk Magazine : il y a d’une part les puristes soucieux du détail mais aussi ceux, peut-être moins pointilleux mais tout aussi inspirés, qui arborent un look plus tranquille.

Couverture du "Steampunk Magazine" #7.
Couverture du « Steampunk Magazine » #7. © steampunkmagazine.com

Comme je l’ai dit plus haut, différents points de vue se confrontent. Selon Bulloff par exemple, pour assurer la pérennité du steampunk il faudrait l’alléger, le normaliser (« to casualize it »). Le simplifier, en un sens. Il est vrai que c’est une esthétique qui peut se révéler encombrante en ce qu’elle implique beaucoup de détails et d’accessoires. Néanmoins c’est aussi ce qui en fait son charme et qui la différencie des autres tendances. Bulloff invoque différentes raisons dont un coût certain, raison non négligeable. Ceci n’étant qu’un point de vue parmi d’autres, pas de violences virtuelles !

A l’opposé de cette idée se trouve celle de Evelyn Kriete. Peut-être plus traditionnelle, elle considère le steampunk comme une partie d’un ensemble plus neo-vintage et accorde une importance véritable aux détails de cette mode. Selon elle, la « simplification » ne vaut pas le coup. Dans une même mouvance on trouve G.D. Falksen, auteur & historien parmi d’autres choses, qui conçoit le steampunk comme une sorte de réaction à l’immobilisme esthétique sévissant à notre époque.

Il serait donc une façon de réagir à l’hégémonie du jean et du T-shirt qui font fureur en tant que couple. Ainsi,  l’élégance vaguement ancienne, le soucis du détail au niveau vestimentaire ou les accessoires sont autant d’éléments importants pour cette école. Quelque part, c’est une belle façon de montrer et d’affirmer sa différence, son individualité. Comme vous pouvez le constater les avis sont divers et variés et ceci en donne un petit aperçu. Néanmoins je ne vends mon âme à aucune conception.

La mode steampunk tendant à se populariser, on la retrouve dans les défilés de convention sci-fi ou même manga. Pour le moment je n’ai pas vu de défilés steampunk en tant que tel mais je dois avouer qu’on le retrouve de plus en plus dans les défilés de jeunes créateurs à raison de petits détails. Par exemple, le défilé de la célèbre marque Victoria Secret a inclus des tenues plus ou moins steampunk.

Un exemple de tenue steampunk par la Steampunk Family the von Hedwigs
La Steampunk Family the von Hedwigs à la Steampunk Worlds Fair. © Steampunk Family the von Hedwigs

Il y a quelque chose qui dénote d’une certaine ouverture d’esprit, ce qui apparaît comme positif. Ainsi le steampunk peut recevoir des apports de différentes cultures plus exotiques que nos anciennes cultures européennes. Le cadre central est certes l’Angleterre victorienne mais il semblerait que celui-ci puisse être dépassé en allant plus loin. Pensons par exemple à Ay-Leen the Peacemaker qui incorpore des éléments issus de la culture asiatique voire même spécifiquement vietnamienne ou à Frady-Williams et à son héritage cherokee. De la même façon, des éléments d’autres modes peuvent s’y greffer. Qui n’a jamais aimé plusieurs choses à la fois ?

Le commandement important, si je puis me permettre, est l’incitation à la création personnelle et la création personnelle elle-même que ce soit de vêtements, d’accessoires mais aussi d’un univers. Néanmoins si vous êtes comme moi et que vos dix doigts sont juste bons à tenir un stylo, je vous propose un peu plus loin quelques créateurs bourrés de talent dont j’ai vu les travaux durant mes recherches. Parce que « aime la machine, déteste l’usine », ça veut aussi dire que s’adresser à ces gens est loin d’être un crime.

Et maintenant le passage probablement le plus spirituel de l’article. Tentons de suivre la logique anatomique mes amis : allons de la tête aux pieds. Qui dit tête, dit forcément chapeau. Classe ou classique, ornementé ou pas, haut ou pas, il fait partie des « must have » comme on dit aujourd’hui. Sur le chapeau, sur la tête ou autour le cou on trouve les éternelles goggles (des lunettes techniques) aux formes et aux tailles diverses et variées qui participent très nettement au charme de l’aviateur.

Les hommes, mais pas uniquement s’il vous plaît, apprécieront la queue de pie ou l’uniforme militaire de la fin du XIXème, quoique détourné. Robes et jupons raviront les femmes les plus raffinées. Les plus courageuses adopteront le corset, qui a de nombreux intérêts vous pouvez me croire. La délicatesse convoquera des gants en dentelles avec ou sans doigts. J’ai cru comprendre que les mitaines en cuir étaient elles aussi bienvenues.

Tenue masculine steampunk © Regina Davan
© Regina Davan

La touche d’élégance mixte ? La montre à gousset. Enfin, nombreuses sont les paires de bottes qui vivent des jours heureux aux pieds d’amis steampunks. Ces dernières peuvent avoir la coquetterie de s’habiller de guêtres ou de spats. Parlons artillerie, car artillerie il y a. Elle comprend bien souvent diverses armes rétro-futuristes, des membres mécaniques admirables (bras, avant-bras…) voire même des masques à gaz. A défaut d’artillerie, on trouve des outils scientifiques qui s’incrustent dans la tenue.

La mode steampunk se base donc sur celle de l’Angleterre victorienne pour y incorporer des éléments divers et variés datant d’avant ou d’après la Première Guerre Mondiale. La présence de la machine est rappelée dans les tenues par des accessoires comme les membres mécaniques, par le motif de l’engrenage quand ce n’est pas l’engrenage lui-même et/ou diverses pièces métalliques et mécaniques. On trouve des couleurs assez naturelles comme le marron ou le crème, mais aussi des couleurs emblématiques de la mode victorienne comme le noir, le violet ou le vert.

Do it yourself

Parce qu’il y a des gens talentueux, des grands bricoleurs parfois farouchement inspirés et des créateurs aux mains en or, le steampunk peut prendre vie. Ainsi certains arrivent à créer des décors que vous n’oseriez pas imaginer ou des tenues dont on peut tout à fait rêver. En feuilletant différentes pages sur internet j’ai pu tomber par exemple sur une décoration intérieure steampunk ou des ordinateurs retapés façon steampunk, clavier compris.

En empruntant à l’esthétique de cette autre époque, parfois un peu usée, et à celle des clubs victorien d’Angleterre, les décors steampunks s’animent. C’est avec un certain soucis du détails que les amateurs du genre mélangent cuivre, laiton, verre et bois poli pour recréer leurs univers. La décoration est d’inspiration industrielle type XIXème et reprend le désormais mythique engrenage. Les matériaux que l’on peut retrouver peuvent être des boiseries sombres, du laiton comme du fer puddlé. Ce dernier a notamment servi à la construction de la Tour Eiffel.

J’ai promis plus haut quelques noms de créateurs (C) auxquels je rajoute des bricoleurs (B). Alors en voici en voilà :

-> Jake Von Slatt (B) : X – X

-> Ethis Crea (C) : X

-> Daniel Proulx (C) : X – X

-> Emily Ladybird (C) : X

-> Lenelaï (C) : X

-> Lastwear (C) : X

-> Berit New-York (C) : X

-> Steampunk Emporium : X

-> Gibbous Fashion [inspiration steampunk] (C) : X

-> My Oppa (C) : X

-> L’antre du Lord (C) : X

-> Esaïkha Création [corsets] (C) : X

-> Clafoutea (C) : X

-> Steampunk Couture (C) : X – X

-> Les bijoux de Lilou (C) : X

-> Jérôme Renaud (C) : X

Considérations littéraires

Considérations littéraires parce que le steampunk a véritablement vu le jour grâce aux auteurs que l’on connait, maintenant. Est-il un genre à part entière ou un sous-genre de science-fiction, les avis divergent. Parfois dénommé rétrofuturisme, il désigne une littérature de science-fiction ayant pour cadre la société industrielle du XIXème siècle dans laquelle l’utilisation des machines à vapeur était proéminente. On peut comprendre que l’imagination trouve matière à réflexion en se penchant sur ce siècle de mutations, de découvertes et de bouleversements.

Mais qu’est-ce qu’il se passe au XIXème siècle ? Vous l’aurez compris, l’Angleterre en est à son époque victorienne. Quant à la France, elle traverse consécutivement la Seconde République, l’Empire et la Troisième République. Le territoire allemand construit l’Empire qu’on lui connait. L’Ère Meiji s’installe au Japon quand les territoires Américains se meuvent vivement. Le XIXème siècle se trouve être une période de culture et d’avancées scientifiques.

Ainsi la presse moderne se dessine, l’Art Nouveau se profile à la manière de la littérature d’anticipation. Les conquêtes territoriales vont plus avant. Il est vrai que le XIXème siècle est riche en exploration géographique, ethnologiques, scientifiques mais aussi archéologiques. Chacune apporte ses éléments qui permettent à une nouvelle vision du monde de voir le jour. Celle-ci inspire des courants artistiques comme l’orientalisme. Ceci explique l’aspect parfois exotique que peut prendre le steampunk.

« Le steampunk s’efforce d’imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. » Douglas Fetherling dans Steampunk ! L’esthétique rétro-futur écrit par Etienne Barillier.

Soudain arrive la question de la fin : quand s’arrête l’époque référentielle des œuvres steampunk ? La cloison en question serait le commencement de la Première Guerre Mondiale. Il semble que celle-ci marque le début de divergences. Une rupture technologique s’opère effectivement. Pensez notamment au développement de l’aviation, de l’automobile ou de la TSF (Transmission/Télégraphie Sans Fil – ancêtre de la radio). Aussi l’énergie pétrolière commence à être partagée.

Fin de la brève historique. Je me permettrais une observation quant à la définition littéraire du genre steampunk : elle pose quelques problèmes en raisons de désaccords plus ou moins majeurs. J’ai donc rencontré quelques difficultés dans mes recherches.

Nous avons donc un roman qui se déroule assez souvent dans une époque victorienne (voire édouardienne) et qui en intègre les caractères sociaux et techniques. Toutefois, une certaine liberté semble être de mise et une discordance historique semble être obligatoire : la Révolution Industrielle qu’a été la vapeur doit se manifester plus tôt que ce qui fût réellement.

"The Steampunk Bible" par J.Vandermeer et S.G. Chambers
« The Steampunk Bible » par J.Vandermeer et S.G. Chambers. © Tinkerbots (Dan Jones)

D’autres discordances sont d’ordre techniques. Ainsi, on note l’apparition de solutions technologiques avant celle du couple électricité/pétrole. Quant à l’informatique, celui-ci est conçu différemment : il restera à l’état de mécanique tenue en vie par des engrenages et des cartes perforées. Mort à la miniaturisation, donc. On célèbre le gigantisme. D’ailleurs, on se déplace en train ou en dirigeable.

Parlons-en, des machines. Elles font partie des éléments phares et inoubliables du genre. Gigantesques et magnifiques, elles peuvent être des dirigeables, des sous-marins voire des châteaux ambulants ou même des villes mécaniques dont les poutrelles et les boulons sont laissés visibles. C’est un véritable âge d’or.

La machine peut aussi être la preuve d’une avancée technique ou technologique. Ainsi, le manga Full Metal Alchemist présente des greffes mécaniques. Je cite un manga et en profite pour expliquer que je comprends tout les types de livres dans ces considérations littéraires.

Parmi les nombreuses caractéristiques du genre compte celle de la gaslight/lamp fantasy. Celle-ci est un sous-genre du fantastique qui a lui aussi pour cadre temporel l’époque victorienne et pour terre d’accueil l’Angleterre. L’une de ses auteurs les plus connues est Anne Rice, à laquelle nous devons le fameux Entretien avec un vampireLes deux genres partagent aussi de nombreux caractéristiques esthétiques.

La littérature du voyou à vapeur a vu le jour en tant que divertissement dans la langue de Shakespeare. Elle mélange histoire pure et imaginaire libre en proposant une révision originale du passé à l’aide d’une certaine imagerie. Notez que la plupart des œuvres du genre ne sont pas traduites dans notre belle langue.

couverture du livre "Entretien avec un vampire", Anne Rice © D.R.
« Entretien avec un vampire », Anne Rice. © Pocket

Ces œuvres peuvent être des récits d’aventures, des intrigues policières voire même des westerns. Elles peuvent aussi être le récit d’un voyage temporel ou raconter l’existence d’un univers parallèle, deux des thèmes types de la science-fiction. La littérature steampunk est aussi appelée parfois chronique du futur antérieur.

Comme je l’ai dit plus haut, la définition du genre pose quelques problèmes.il y a différents avis sur différentes questions. La question de l’uchronie en fait partie. Le livre d’Etienne Barillier (voir dans les sources) m’a été d’une utilité certaine et m’a paru avoir la réponse la plus complète. L’uchronie, mais qu’est-ce donc ? Il s’agit d’un néologisme désignant un « non-temps », un temps qui n’existe pas ni n’exista jamais. Alors, le steampunk est-il uchronique ? L’uchronie admet-elle le steampunk ?

Disons qu’il y a des liens et des différences entre chaque. Ainsi les deux explorent l’histoire d’une façon qui leur est propre : en se concentrant sur une période. Néanmoins si l’uchronie marche avec l’histoire et a pour but de la réécrire, le steampunk marche plutôt avec l’imaginaire pour recréer un certain monde.

N’ayant pas vocation à refaire l’histoire, il ne serait pas uchronique au sens strict du terme. Le genre revisite l’imaginaire d’une époque en mêlant histoire et imaginaire. C’est donc un avis à méditer sans pour autant être le seul sur le sujet. Le steampunk peut ainsi être souvent lié à l’uchronie. Par exemple, les œuvres futuristes dont l’ancrage temporel est un présent uchronique y sont souvent assimilées.

Une biographie

Grâce à l’un de mes amis, j’ai pu obtenir une biographie steampunk composée des éléments les plus intéressants. La voici :

-> The Art of Steampunk : Extraordinary Devices and Ingenious Contraptions from the Leading Artists of the Steampunk Movement par Art Donovan

-> 1000 Steampunks Creations : Neo-Victorian Fashion, Gear and Art par Dr Grymm avec la participation de Barbe Saint John

-> The Art of Victorian Futurism par Jay Strongman

-> Steampunk GEar, Gadgets and GIzmos : A Maker’s Guide to Create Modern Artifacts par Thomas Willeford

-> Parasol Protectorate T1 : Soulless par Gail Carriger

-> Leviathan T1 : Leviathan par Scott Westerfeld

-> Boneshaker T1 : The Clockwork Century par Cherie Priest

-> The Time Machine par H.G. Wells

-> 20 000 Lieux sous les Mers par Jules Verne

-> The Difference Engine par William Gibson

-> The League of Extraordinary Gentlemen V1 par Alan Moore

-> Girl Genius V1 : Agatha Heterodyne and the Beetleburg Clank par Phil Foglio

Vous trouverez d’autres livres ici : ¤

Quelques domaines de diffusion

Au fil de mes pérégrinations se sont dessinés quelques domaines d’expression autres que l’esthétique ou la littérature. J’ai trouvé tout d’abord qu’il existait des jeux de société d’inspiration steampunk. 221 B. Baker Street en est un exemple, en ayant toutefois une vocation policière. J’en profite pour ajouter que Sherlock Holmes est un personnage qui a beaucoup été repris au sein de la littérature steampunk pour s’intégrer finalement dans d’autres univers que le sien.

Couverture de "Hauteville House" (tome 1), Duval, Gioux, Quet, Beau. © Delcourt.
« Hauteville House », tome 1. © Delcourt

On trouve aussi des jeux de rôles sur plateaux. Le jeu Space 1889 présente un monde en 1889 (évidemment) dans lequel le voyage spatial est maîtrisé. Je citerai aussi Les Royaumes d’Aciers, orienté steampunk, mélangeant vapeur et magie. On trouve aussi des jeux de rôles grandeur nature. Les anglophones appelleront cela « reenactment ». Les jeux de rôle grandeur nature sont à la fois une reconstruction historique mais aussi une expression de chaque imaginaire propre.

Le steampunk à la télévision est représenté par la série Warehouse 13. Au cinéma, le film Wild Wild West en a porté quelques couleurs, tout comme Hellboy. Il s’est aussi invité dans les cases des mangas. Parmi eux Full Metal Alchemist et City Hall dont on a pu observer le stand à la Japan Expo de Paris en 2012.

Le domaine iconographique est d’ailleurs le premier, hormis la littérature, à servir à l’expression du genre steampunk. Parmi les figures importantes du domaine se trouve Albert Rodida dont j’ai parlé plus tôt. L’artiste Sam Van Olffen fait quant à lui dans l’illustration de SF, du merveilleux et de la fantaisie tout en étant auteur. Néanmoins, il ne fait pas que du steampunk. Il existe aussi des BD d’inspiration cuivrée, comme Hauteville House par Duval et Gioux. On peut aussi trouver Les Corsaires d’Alcibiade par Liberge et Filippi ou encore Engrenage, le tome 6 de la série Sillage par Buchet et Morvan.

En matière de jeux vidéos, Fallout semble s’imposer. Il présente une technologie qui apparaît rétrograde, grossière et de récupération. Néanmoins un petit doute persiste autour de ce jeu : dieselpunk ou steampunk ? Enfin, les dwemers de Skyrim : The Elder Scroll pourraient faire figurer le jeu dans la liste. Les Dwemers sont une race, perdue depuis longtemps, qui aurait pu faire figure de chef de file tant elle était avancée technologiquement. Leur technologie était faite de vapeur, d’un métal difficilement identifiable et de noyaux énergétiques. Il y règne donc une ambiance steampunk. Dans un autre ordre, il existe un ou deux packs de textures autour de l’univers vaporeux pour agrémenter le jeu Minecraft.

Si vous voulez voir des machines autrement que dans des livres, attardez-vous donc sur Les Machines de Nantes. Leurs diaporamas donnent une belle idée de leurs possessions.

Sur Internet, vous pourrez trouver Les Historiettes de Mr Sandalette. Mr Sandalette étant une sorte d’anti-héros normand qui vit des aventures… Étonnantes. Ce « roman-daguérotype entièrement colorisé à la machine à différence », je cite leur propre définition, est le résultat de l’association d’anXiogène, qui est graphiste et plasticienne, et de Futuravapeur qui est accessoiriste-décorateur à tendance scénariste.


Nous y sommes, mon investigation touche à sa fin. J’espère que le voyage vous aura plu et que la pertinence était avec moi. A l’heure actuelle l’article à cette forme et ce contenu, néanmoins les choses peuvent changer. C’est la magie de la rédaction sur Internet.

J’ai livré une vision des choses personnelle. J’entends par-là que j’ai présenté les choses selon mon inspiration en essayant d’être la plus complète possible. C’est donc la présentation d’une culture que je trouve fascinante sans pourtant en être membre.

Quelques remerciements s’imposent. A Kai qui a parlé de cet article à la bonne personne au bon moment. A Jack pour son soutien vif. A Romain, la « bonne personne », pour ses conseils, ses contacts, ses réponses à mes questions et son œil sur l’article. A Arthur Morgan pour les références françaises. A tous les créateurs qui ont répondu à mes messages et qui ont pris le temps de me lire. A tous ceux qui ont pris la peine de me lire et surtout à ceux dont j’ai reçu un feedback. Parce que c’est important pour moi.

Petite note aux amis francophones et français qui passeraient ici. Steampunks ou pas, voici un site, French Steampunk, qui constitue un journal des cultures steampunk, dieselpunk et retro-futur pour peu qu’elles soient francophones.

Et pour les curieux, voici mes sources.

Merci et à la prochaine !

@aleksduncan

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2 réflexions au sujet de « Lumières sur : le Steampunk (2012) »

  1. Je m’intéresse de plus en plus au steampunk, mais ton article m’a appris pas mal de choses et notamment des termes (comme la gaslight fantasy!). Bon et je note quelques uns des livres de la bibliographie, notamment Léviathan dont j’ai déjà vu une très bonne critique il me semble !
    Victoire

    J'aime

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