Black Mirror

Le pire est toujours à venir ….

black-mirror-saison-3-affiche-968458.pngÀ la base, j’avais prévu de vous parler d’une autre série. Vous me direz que ça vous fait une belle jambe, vu qu’au final, c’est de celle-ci que je parle. Mais, dans le cas de cette série, la genèse du billet est un peu particulière et j’avais envie de la partager avec vous. Et puis c’était ma seule idée d’introduction. Que voulez-vous, je débute (en écriture et en diplomatie).

Je préparais donc  mon billet à propos d’une autre série quand j’ai visionné un épisode de Black Mirror pendant une après-midi d’intense procrastination.  Ce fut le coup de foudre, j’ai visionné tous les épisodes en deux jours.

Certes, les deux premières saisons ne sont respectivement composées que de trois épisodes chacune(pour la saison 3, nous avons droit à une double ration pour fêter l’arrivée sur Netflix !). Mais le principal est que je n’ai pas pu m’arrêter avant de ne plus avoir d’épisodes à regarder.

Cette série m’a semblée si différente de tout ce que je regarde que j’ai eu envie d’en parler sur ce blog. C’est pour ces raisons que le billet que vous êtes actuellement en train de lire ne porte pas sur une comédie venue de Nouvelle-Zélande, mais sur un OVNI télévisuel britannique.

Penchons-nous un peu sur de drôle de spécimen qu’est la série Black Mirror. Commençons par les présentations d’usage : Black Mirror est une série britannique créée par Charlie Brooker en 2011. Les deux premières saisons ont été diffusées sur Channel 4, tandis que la saison 3 est produite par Netflix.

Black Mirror se distingue de l’ensemble des séries que je regarde notamment grâce à son format. Chaque épisode présente une histoire distincte. Surprenant certes, mais pas inédit, c’est un format qu’on retrouve notamment dans la série Fais-moi peur (Mais si, souvenez-vous, les gamins qui se racontaient des histoires autour d’un feu de camp) entre autres. Là où Black Mirror va plus loin, c’est que, dans les séries comme Fais-moi peur, on a un fil conducteur visible : les narrateurs.

Leur présence récurrente permet de créer une continuité visible qui souligne le fait que l’ensemble appartient à un tout. Dans le cas de Black Mirror, il n’y a aucun personnage récurrent auquel se raccrocher, c’est le thème global de la série qui sert de fil rouge. Dans un premier temps, j’ai cru que c’était simplement la télévision, et notre attitude face à l’écran parfois à la limite du voyeurisme mais c’est en regardant la deuxième saison que j’ai compris que c’était beaucoup plus large.

On peut très certainement trouver une explication du créateur (et j’irai jeter un œil dès que j’aurai fini d’écrire mon billet), mais je trouve intéressant de partager mon ressenti brut de spectatrice. Pour moi, ce fil rouge est notre rapport à la technologie et notamment la manière dont il influence notre rapport aux autres. C’est une question passionnante à condition qu’on sache la traiter.

Je m’explique : Si on prend un angle misérabiliste, du genre, « depuis que « Insérez-un-prénom-d’ado-quelconque » a commencé à jouer aux MMORPG, il s’est totalement coupé du monde réel, et ses parents sont impuissants », le sujet perd tout intérêt et on se retrouve au niveau « NRJ12 » de la réflexion. C’est dire si c’est bas.

Black Mirror Episode 17 Saison 2
© Channel 4

Black Mirror aborde cette question avec brio, non seulement dans le fond, mais aussi la forme. Pour mieux illustrer mon propos, je vais vous présenter les 3 épisodes qui composent la saison 1 (et sans spoilers, admirez la performance) :

Episode 1 : L’Hymne national
Un membre de la famille royale britannique est enlevé. En échange de sa libération, les ravisseurs exigent que le premier ministre ait un rapport sexuel non simulé avec une truie en live à la télévision.

Episode 2 : 15 million de mérites
Bing vit entouré d’écrans, comme tous ses congénères. Il dort, mange et pédale toute la journée sur un vélo d’appartement en regardant les mêmes émissions, dont un « Talent Show ». Cette vie monotone est bouleversée par la rencontre d’une jeune fille, Abi, qui adore chanter. Bing veut tout faire pour l’aider à participer à l’émission.

Episode 3 : Retour sur image
Liam vit dans un monde où chacun porte un implant qui permet de revisualiser les souvenirs à l’infini. A l’occasion d’un diner, il a des doutes sur la fidélité de sa femme et va enquêter grâce à son implant.

À première vue, on peut avoir l’impression de passer du coq à l’âne. On change d’histoire, d’acteurs mais également d’époque. On passe d’un évènement qui pourrait se produire aujourd’hui ou demain à une société complètement dystopique avant de revenir à un futur plus « envisageable ». Pour moi, la difficulté la plus évidente c’est le changement d’époque.

Pour que le spectateur soit en mesure de comprendre l’histoire, il doit tout d’abord saisir les codes (au moins les principaux) qui régissent le monde dans lequel elle se passe. Sauf quand le fait de ne rien comprendre à l’univers dans lequel se déroule l’action est un élément de l’histoire. Par exemple, quand le personnage est catapulté dans un monde qui lui échappe, par extension, le spectateur est aussi perdu, ce qui peut créer un effet d’empathie. Je digresse.

Image issue de la série Black Mirror. © Channel 4
© Channel 4

Il y a de nombreuses manières de faire comprendre au spectateur comment fonctionne un univers. Il peut y avoir une voix off au début de l’histoire qui situe l’action (Le Seigneur des anneaux) ou un texte explicatif (Star Wars). Black Mirror contourne cette difficulté avec une certaine inventivité. Dans l’épisode 2, on suit tout d’abord une journée lambda du héros : en découvrant son quotidien et en observant l’attitude de ceux qui l’entourent, on comprend comment le monde fonctionne.

C’est une astuce qu’ils réutilisent et qui, de mon point de vue, fonctionne très bien pour créer une ambiance et donner le ton de l’épisode. Dans l’épisode 3, c’est une publicité sur l’implant au centre de l’histoire qui nous permet de comprendre son fonctionnement et par extension celui de la société. Les scénaristes réussissent à créer un univers original a chaque épisode et à nous en expliquer le fonctionnement sans avoir l’air de nous prendre pour des crétins.

De plus, chacun de ces univers tient debout, on y croit. Cet exemple représente bien ce que j’apprécie le plus dans cette série : Ce qui aurait pu être un obstacle devient un atout pour mettre en avant la créativité et l’inventivité des créateurs du show. Le fait de tout chambouler d’un épisode sur l’autre permet de surprendre à chaque fois le spectateur.

Il ne sait jamais ce qui l’attend. On peut changer de genre, passer d’un drame en huis clos avec le minimum syndical de personnages à une enquête policière d’ampleur nationale. On peut changer de ton, passer d’un épisode cynique et déprimant à une romance mélancolique. Bref, si un épisode ne vous a pas plu pour une raison X ou Y, il est toujours possible d’adorer le suivant !

Le plus gros risque avec cette démarche de tout changer d’un épisode sur l’autre, c’était de créer une espèce d’ensemble sans cohérence. Mais là encore, Black Mirror s’en sort avec classe. Car si on se penche plus attentivement sur tous les épisodes, on retrouve un schéma commun. Les personnages font tous face à  une technologie qui les dépasse. Le virtuel prend une telle importance qu’il a un impact sur le réel, et la plupart du temps franchement néfaste.

La vulnérabilité des personnages est, à mon sens, la plus palpable quand ils sont victimes d’un chantage en ligne, ce qui arrive dans plusieurs épisodes. Dans ces épisodes, l’identité des maîtres chanteurs n’est pas dévoilée car ce n’est pas le propos. L’important, c’est d’observer des personnages qui ne sont plus maîtres de leurs destins, ce qui rend ces épisodes encore plus angoissants.

Ecran titre de la série Black Mirror. © Channel 4
© Channel 4

Au passage, un petit mot sur les personnages. Je les trouve tous très bien écris. Ils sont attachants, plein de failles et de faiblesses. Face à l’adversité, ce ne sont pas des héros et ils s’effondrent comme tout le monde. Bref, ils sont profondément humains et c’est ce qui fait que je les trouve si touchants (Petite mention spéciale au héros casse-pied de Play and Dance-S3 Ep2- a qui j’ai eu envie de mettre des baffes tout le long de l’épisode, ou presque).

En dehors de format particulier et du propos, ce qui rend pour moi cette série unique, c’est sa capacité à susciter une réflexion. Devant une série, je m’amuse, je me détends. Black Mirror a le mérite de secouer mes petits neurones endormis. Les épisodes les plus dystopiques me renvoient à des réflexions sur des usages bien actuels de la technologie comme par exemple l’épisode 6 de la saison 3 et Twitter (et plus particulièrement l’usage de Twitter pour lyncher socialement quelqu’un).

Les épisodes plus contemporains me font parfois franchement peur, car j’ai vraiment l’impression que ce qu’ils décrivent pourrait arriver demain. En tout cas, qu’une série vous pousse à vous poser des questions est un fait suffisamment rare à mon avis pour mériter d’être souligné. La série en elle-même ne porte pas de jugement, elle invite à se questionner.

Pour conclure ce billet qui prend des proportions surprenantes, une petite sélection de mes moments préférés :
– Si vous ne deviez voir qu’un épisode : Ce serait dommage, mais ce serait La Chasse– S2 Ep2. Le meilleur selon moi, une fin incroyable, j’en étais bouche bée.
– Si vous ne deviez regarder qu’une saison : La saison 2. Une pure merveille. Les trois épisodes sont impeccables.
– L’épisode « Lacrymal » : Bientôt de retour –S2 Ep1. J’ai fait doubler le chiffre d’affaire de Kleenex. J’ai aussi pu découvrir Hayley Atwell sous un nouveau jour, toute en fragilité et en délicatesse. Je lui tire mon chapeau pour cette performance magistrale.
– L’épisode « Ouvrez le gaz et n’oubliez pas les allumettes » : Tais-toi et dance –S3 Ep3 . Sinistre de bout en bout, évitez de le regarder un soir de coup de blues.Mais j’ai au moins eu le plaisir d’y voir Jerome Flynn.
– Les épisodes dont j’ai aimé la fin : Chute libre S4 Ep1 et San Junipeiro S3 Ep4. Pour une fois, je n’ai pas eu envie de blottir dans un coin en maudissant ce monde pourri. J’ai même souri, c’est dire.
– L’épisode qui m’a fait peur :Le Show de Waldo -S2 Ep3. Cela pourait arriver demain. Cela pourrait arriver aujourd’hui.

J’en ai peut-être trop dit sur certains aspects, pas assez sur d’autres. Mais le principal, c’est que Black Mirror est une série géniale. Courrez-la voir, sauf si vous avez le moral un peu bas et cherchez une série optimiste qui vous redonnera foi en l’humain. Et n’oubliez pas de revenir me dire ce que vous en pensez ?

Sur ce, je vous remercie d’avoir lu ce billet bien prolixe et retourne dans mon nid préparer Noël !

A bientôt !

Miss Jack

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