Le syndrome Rochester

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Note : cet article contient d’importants spoilers sur la série The Paradise et sur le roman Jane Eyre.

Je n’arrive pas à lire Jane Eyre. Pour l’instant, je me suis contentée du début et d’extraits épars. L’une des raisons qui m’empêchent de savourer ce chef d’œuvre unanimement adulé, en dehors de ma flemme monumentale, est l’un de ses personnages principaux : Mr Rochester.

C’est l’homme merveilleux et inatteignable, tourmenté, ténébreux et toujours interprété par de très beaux acteurs. Bref l’homme dont l’héroïne et le lecteur/la lectrice s’éprennent ensemble. Mais pour moi, c’est surtout l’homme qui souhaite épouser une charmante jeune demoiselle alors qu’il garde sa première femme enfermée dans une partie de sa propriété.

Oui, quand j’ai écrit spoilers, je voulais bien dire spoilers. La prochaine fois, lisez l’avertissement =)

Revenons-en à nos moutons et à la malheureuse première épouse de Rochester, enfermée dans la maison car ayant perdu la raison. Dans le roman Jane Eyre, elle nous est présentée comme une bête, un monstre afin de nous empêcher d’éprouver toute compassion envers elle. Mais, dans un ouvrage intitulé La Prisonnière des Sargasses, la romancière Jean Rhys offre à ce personnage une identité, un visage et une histoire. En mettant des extraits de ces deux textes en parallèle, j’ai réalisé que, pour moi, il resterait à jamais un misérable égoïste qui s’apprêtait à épouser Jane tandis qu’il laissait croupir sa première femme depuis plusieurs années dans sa propriété.

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Et je suis censée l’apprécier ? Pire, compatir à sa situation ? Et même me réjouir qu’une fois veuf, il épouse enfin Jane ?

Personnellement, après avoir vu ce qu’il avait fait de sa première femme, je ne me serais pas inscrite sur la liste d’attente pour prendre la suite. Bref.

Le but de cette explication un peu longue était de vous présenter ce que j’appelle, en  hommage à ce personnage détestable, le syndrome Rochester, dont l’unique et ennuyeux symptôme est de détester un personnage que tout le monde aime, y compris son créateur. Certaines lectrices semblent ainsi avoir inscrit Rochester au panthéon des Darcy, des Frederick Wentworth et autres fantasmes anglo-saxons. Pourtant, quand je lis Jane Eyre et que je le vois apparaître, j’ai envie de balancer mon livre par la fenêtre.

J’ai particulièrement ressenti les effets du syndrome Rochester en regardant la série The Paradise de la BBC, diffusée de 2012 à 2013 et inspirée du roman d’Émile Zola intitulé Au Bonheur de dames. Dans cette série, l’histoire a pour cadre le Nord de l’Angleterre où un marchand de tissu, John Moray, a créé ce qui s’apparente à un grand magasin pour dames. La jeune Denise, venue initialement pour prêter main forte à son oncle, tailleur de son état, y devient vendeuse car les affaires dudit son oncle sont mauvaises.

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© BBC

Globalement, c’est une bonne série. Les acteurs sont talentueux, l’intrigue est bien menée et les costumes sont un plaisir pour les yeux.  Elle compte deux saisons que j’ai visionné d’une traite, entraînée par le récit. The Paradise présente une galerie de personnages très différents dont le sympathique associé de Moray et même une française, forcément sulfureuse (nous sommes dans une série anglaise).

Au sujet des symptômes, ils sont apparus très vite. Dès les premiers épisodes. Tout d’abord l’attitude d’un personnage m’a déplu. Par la suite l’apparition de ce même personnage provoquait chez moi un certain agacement. J’ai fini par le considérer comme une enflure de la plus belle espèce. Il s’agit de John Moray.

Comme Rochester, c’est le personnage dont l’héroïne tombe amoureuse. Dans le premier épisode de la série, j’avais adoré que Denise affirme qu’elle souhaitait devenir Moray. Je croyais d’ailleurs que la série se concentrerait sur la réussite professionnelle et l’ambition de Denise et surtout que j’échapperais au triangle amoureux entre Denise, Moray et la riche demoiselle qu’il courtise, Katherine Glendenning.

Raté.

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Je déteste être désappointée

Dans ce triangle, Moray est présenté comme un homme déchiré, partagé entre ses sentiments pour Denise et l’engagement qui le lie à Katherine Glendenning. J’ai tendance à le voir comme un misérable égoïste : d’un côté il séduit Denise, une jeune femme sur laquelle sa position sociale lui donne un ascendant. De l’autre, il courtise une riche héritière dont le père est un homme d’affaire important, avec qui il souhaite travailler. Il n’aime pas, il convoite. Le talent de Denise d’une part, l’argent et les relations de Katherine d’autre part.

Mes épisodes préférés sont justement ceux où Denise le quitte pour se concentrer sur sa carrière. J’aime la voir en femme d’affaire décidée et créative. Malheureusement, elle redevient tout de même vendeuse sous la coupe de Moray.

Oui, là aussi j’avais prévenu pour les spoilers.

Parmi les nombreux défauts de Moray, le plus important est l’égoïsme. Tout tourne autour de lui. Il ruine les artisans qui ne peuvent rivaliser avec lui, il ne s’intéresse vraiment à Katherine que quand elle est courtisée par un autre et supporte mal lorsque Denise est mise en avant. En effet, dans la deuxième saison, Moray n’est plus propriétaire du Paradise, qu’il dirige au nom d’un autre. Très vite, le nouveau propriétaire réalise d’ailleurs qu’en mettant en valeur Denise, il déstabilise Moray. Ce dernier ne s’inquiète que du fait que Denise soit sa maîtresse et qu’un avancement dans sa carrière puisse paraître suspect. Il  ne se soucie aucunement du fait qu’en cela il empêche Denise d’évoluer et de donner la pleine mesure de son talent exceptionnel.

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Les manques de cohérence me font mal au crâne

Bien sûr, il s’agit là d’interprétations personnelles. Dans la série, Moray n’est jamais présenté comme le fautif. Au contraire, c’est Katherine, sa fiancée délaissée qui devient la méchante. De dépit, elle tente de nuire à la (trop, vraiment, parfois c’est même pénible) gentille Denise. Pour résumer, Moray l’a séduite, puis délaissée quand il a eu les contacts et le prêt qu’il voulait. Mais c’est elle qui est présentée comme mesquine. Il n’y aurait pas comme un petit soucis ?

Je profite d’ailleurs de ce petit billet pour souligner un fait amusant. Dans les triangles amoureux entre un homme et deux femmes, l’une des femmes est souvent présentée comme la « méchante »,  la frustrée, la femme délaissée qui devient l’obstacle à abattre. En revanche, l’homme qui court deux lièvres à la fois est rarement mis en tort.

Étonnant, non ?

Globalement, le syndrome Rochester peut porter des noms différents selon les personnages qui vous insupportent et ses symptômes peuvent varier. Prenons par exemple le mastodonte qu’est Games of Throne. J’ai le malheur de détester cordialement Jon Snow, que je trouve aussi énergique qu’une méduse sous anesthésie générale. Je n’y peux rien : au mieux il m’ennuie au pire il m’exaspère. Mais cela n’empêche pas d’aimer une série. Le syndrome ne m’a pas empêché de regarder avec plaisir les deux saisons de The Paradise. J’ai apprécié disséquer chaque mouvement de Moray pour mieux le critiquer tout en applaudissant l’ascension de Denise.

Si vous avez vu ou allez regarder cette série, n’hésitez pas à revenir par ici laisser vos impressions !

Sur ce, je m’en retourne dans mon nid et vous dit à bientôt !

Mademoiselle Jack.

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