Orwell : pour le bien de La Nation

Cette fois, pas d’archétype ni de personnage. Vous n’êtes personne d’autre que vous-même, face à vos propre limites. Le jeu narratif Orwell, Keeping an Eye on You, développé par Osmotic Studios, vous met dans la position d’un agent au service de la Nation. Votre mission : participer à assurer sa sûreté. Et votre enquête ne connaît aucun obstacle.

Orwell s’inscrit dans une dystopie où la sécurité est poussée à l’extrême. Les caméras de surveillance se multiplient et le gouvernement a développé un nouveau logiciel de surveillance. Quant à vous, vous commencez votre nouveau boulot : agent pour le compte de La Nation (« The Nation »). Sélectionné parmi des milliers de prétendants, votre but est d’assurer la sécurité de la population. Au bout de votre souris, ce nouveau logiciel gouvernemental : Orwell. Avec lui, vous pouvez retrouver et espionner n’importe quel citoyen, depuis son historique de navigation jusqu’à ses communications téléphoniques. sans oublier ces mines que sont les réseaux sociaux.

Vous avez ainsi la possibilité de tout savoir sur tout le monde et ce n’importe quand. Votre première mission : retrouver les responsables d’une attaque à la bombe en ville. Pour faire avancer l’enquête, il vous faudra néanmoins transférer les informations les plus précises possibles à vos supérieurs. Notez bien qu’Orwell ne connaît ni « retour » ni « CTRL+Z », et que ce que vous transmettez pourrait bien avoir des conséquences lourdes sur la vie de vos suspects. Surtout si vous faîtes erreur.

Patience et vigilance

Fruit de deux ans de développement, Orwell est un jeu narratif crée par le studio allemand Osmotic. Aux manettes : Michael Kluge, programmeur, Melanie Taylor, qui gère le pan artistique des jeux, et Daniel Marx, game developer et producteur. La motivation d’Osmotic est simple : faire réfléchir et émouvoir au moyen du jeu vidéo. Autant dire qu’Orwell atteint, avec brio, tous leurs objectifs.

capture-écran_orwell
Capture d’écran – Ava Miles étant le profil que j’ai crée.

Publié en 2016 sous le label de Surprise Attack Games, il se présente sous un format épisodique. Les cinq aventures sont ainsi sorties sur cinq semaines. Compatible avec les systèmes Windows, Mac et Linux (sisi, je vous promets), cette première saison interroge les questions de sécurité, de vie privée et d’exposition sur le web. Quant à la saison 2 (Ignorance is Strength), en préparation, elle abordera des questions politiques. Les visiteurs de la dernière Paris Games Week ont d’ailleurs pu en avoir un aperçu.

Au moment où j’écris, j’ai atteint l’épisode 4. Non sans un certain traumatisme d’ailleurs, mais pas de spoil.  Si le jeu commence relativement simplement, vous ne vous intéressez d’abord qu’à une seule personne, il ne connaît pas de tutoriels. Vous avez plutôt droit à une phase d’adaptation, durant laquelle vous comprenez vite que tout ce que vous transmettez est déjà définitif. Malheureusement. Car le système vous propose une ensemble de données (« data chunks »), dont certaines n’ont rien de significatif. En tout cas pour votre supérieur, Sykes. Alors que d’autres sont simplement trompeuses.

Ainsi, il faut rapidement être minutieux avec les éléments que vous traiter. Notamment dans le cas des données conflictuelles (« conflicted data chunks »), qui demandent patience et analyse. Sans quoi vous risquez d’envoyer des signaux aux mauvais endroits. Et c’est votre responsabilité que vous mettez en jeu, en analysant les informations de travers. Les conséquences de vos transmissions peuvent d’ailleurs être extrêmement rapides. Croyez-moi.

Le stalker magnifique

Il faut reconnaître qu’on se prend rapidement au jeu de l’analyse. On se laissant même emporté par l’intrigue. Avant que celle-ci ne nous mette une gifle, parfois bêtement annoncée par la musique, en nous exposant les conséquences de notre travail. Ou encore en interrogeant notre société et ses tendances, à travers des articles de presse ou des textes politiques publiés par certains personnages que vous espionnez.

L’efficacité d’Orwell tient aussi dans son potentiel gênant. Lorsqu’à force de déblocage vous finissez par exemple par accéder aux dossiers médicaux des suspects. Lorsque vous suivez leurs conversations téléphoniques et que se pose le choix ou non de la dénonciation. Ou encore lorsque vous découvrez la vie de famille des suspects et que vos choix vont devenir de plus en plus difficile à faire. Le jeu pousse ainsi le joueur dans ses retranchements, l’obligeant à réfléchir à ses mouvements et à leurs répercussions, le tout dans des situations parfois précipitées.

Interface d'Orwell.© Osmotic Studios
Interface d’Orwell.© Osmotic Studios

La réflexion dépasse toutefois les limites de la partie et pousse à réfléchir. A notre rapport à la sécurité, à ce qu’on pourrait tolérer ou ce qui nous pousserait à nous rebeller. Elle interroge aussi l’évolution de la notion vie privée et ses risques, à une époque où tout un chacun partage ses journées, ses idées et son identité sur les réseaux sociaux. Ceux-ci constituant un premier niveau de l’enquête.

De par son côté angoissant, Orwell n’est ainsi pas à mettre entre toutes les mains.Il a toutefois le mérite de traiter de sujets de société d’une manière originale et efficace, immergeant le joueur dans un univers parsemé d’éléments qui pourront lui sembler familier.

@aleksduncan

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