Recherche bonheur désespérément

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Evénements, Spectacles

Sous ses airs de comédie, la pièce “Yaacobi et Leidenthal” nous parle de notre rapport au bonheur, avec toutes ses épines. C’est la compagnie des Migrants de Satin qui donne actuellement vie au trio d’Anokh, sur les planches du Funambule à Paris.

La pièce démarre et j’ai déjà l’impression d’être perdue. Un homme débarque. Grand, brun, moustachu et à bretelles, il est déterminé à faire pleurer quelqu’un qui, a priori, n’en demandait pas tant. Précisons qu’à part le synopsis, je n’ai rien lu. Tout ce que je sais, c’est que la pièce gravite autour de trois personnages : Itamar Yaacobi (l’homme à bretelles), David Leidenthal, (la victime collatérale), et Ruth Chahach.

Ils se révèlent tous rongés plus ou moins gravement. Yacoobi, incarné par un Thomas Ribiere captivant, est donc le premier que l’on découvre. Piqué par ses quarante ans, Yacoobi prend la décision de tout plaquer pour vivre sa vie d’homme “occupé”. Un choix qui passe par le matraquage moral de Leidenthal, son meilleur ami, qu’il considère comme un poids mort.

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M.Colucci, T.Ribiere, M.Cichaki © Gulliver Hecq

Son affaire achevée, il rencontre Ruth, sous les traits de Marie Colucci, une jeune femme dotée d’atouts plus ou moins évidents. A titre d’illustration, elle surnomme ses fesses “gros-popotin”. Quant aux atouts moins évidents, il y a son métier : pianiste. Si Yaacobi a décidé d’aller à la tronçonneuse vers son destin, Ruth s’est enfermée dans un cliché d’allumeuse indécise, estimant que son seul outil dans la vie est son corps.

Reste Leidenthal, campé par Matéo Cichaki, perché sur son balcon, y laissant infuser son malheur post-rupture. Unité de mesure du bonheur de Yaccobi, il ne supporte plus sa solitude et flirte rapidement avec le pitoyable, traînant en ville avec une valise qui pèse son poids et traquant le couple mal-formé en devenir. Sait-on jamais…

Tous courent, en ordre dispersé, vers un bonheur qui consiste à sortir de leur situation actuelle. Par tous les moyens. Quant au public, il suit leur chemin de pensée à travers des monologues tantôt acides, tantôt comiques voire complètement désespérés. Régulièrement, ils prennent à témoin un public bouche-bée. Car derrière l’absurde de leurs situations apparaissent des douleurs et des peurs parfaitement humaines, auxquelles on se surprend à s’identifier.

“Yaacobi et Leidenthal” a une particularité qui décoiffe, la musique. Comprenez que, à la manière d’une comédie musicale, ils chantent leurs vies sur des airs bien connus. Et tous les trois passent par la démonstration cabaret. Si la justesse peut faire frémir le coin des oreilles, tous donnent de la voix et de la vraie. Sans compter les pas de danse.

duo

© Gulliver Hecq

Les acteurs, dont le jeu est prenant, disparaissent derrière leurs personnages pour s’y fondre. Et l’évolution de leur histoire n’en est que plus prenante. Sur l’heure et demi de représentation, Matéo Cichaki rend Leidenthal attachant, agaçant et surprenant. S’il embrasse complètement le caractère plaintif du personnage, il finit par lui donner une force de caractère et une dignité brûlante. Le plus étonnant restant le jeu de Thomas Ribiere, qui, de la bonne patte vaguement machiste finit rongé par la rage et la déception de ses choix de vie.

Discrètement, la pièce amène le public sur des terrains potentiellement gênant, créant des échos avec son vécu, l’appelant à répondre  des cas de conscience délicats. Les divagations de Ruth en rendez-vous galant font par exemple sourire tant elles sont familières. Mais son parcours laisse pensif lorsqu’on réfléchit au regard qu’elle porte sur elle-même. Et forcément, on en vient à se poser la question de son propre bonheur, à laquelle j’attends toujours une réponse. Et non, le café du matin ne compte pas.

@aleksduncan

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